Biographie de Donatien Alphonse François de Sade

Né à Paris en 1740 dans une vieille famille aristocratique, le marquis de Sade est écrivain et philosophe français. Son goût pour la luxure et l'érotisme le mènera à une vie bercée par le libertinage et la perversion. À 23 ans, suite à l'échec de son mariage avec Renée Pélagie pour cause de violence conjugales, il courtise des actrices et autres femmes d'influences, ce qui lui vaudra un premier séjour en prison, dans le donjon de Vincennes, pour "Débauche Outrée". Condamné à mort puis libéré grâce à une erreur administrative, il fut tout de même incarcéré consécutivement à Vincennes, à la Bastille et à Charenton ou il mit à profit son temps pour écrire et dissiper son ennui. Il est libéré en 1789 suite à la Révolution Française, mais il fut réincarcéré en 1801 à cause de ses écrits rejetés par les moeurs de l'époque, ceux-ci contenaient des propos pornographiques violents. Il restera emprisonné jusqu'à sa mort en 1814; il aura donc passé 30 ans de sa vie en prison.

Le Sadisme Prohibé

Sade appartient à cette constellation d'écrivains, de même que Casanova ou Rimbaud, dont le mythe et les valeurs sont si extravagants qu'ils dépassent de loin leur production littéraire. Son nom à lui tout seul représente quelque chose de malsain et violent, suscite une puissance telle qu'il a donné lieu à deux adjectifs : 'sadique' qui qualifie une déviance morale qui évoque le plaisir de faire du mal à autrui, 'sadien' qui relève plutôt de l'esthétique.
Sade maitrise un français parfait, mêlant érotisme extrême et idées philosophiques développées, son oeuvre fut toutefois longtemps interdite et censurée. Guillaume Apollinaire, après avoir fait resurgire les ecrits de Sade de ce que l'on appelle les Enfers, publie des extraits de Sade en 1909 dans Introduction À l'Oeuvre du Marquis de Sade, ce qui ne manque pas de courage car de tels ecrits restent alors prohibés, toutefois, G. Apollinaire se doutait dejà à l'époque du futur succès de ses ecrits : "Cet homme qui parut ne compter pour rien durant tout le XIXe siècle pourrait bien dominer le XXe."
Ci dessus les éditions originales de Justine, classifiées dans l'ENFER, exposés au Musée d'Orsay, à Paris. 







Sade dans Les Mains Libres

Paul Eluard s'est énormément intéressé au Marquis, il a écrit de nombreux articles sur lui dans différents journaux comme " La Révolution Surréaliste" ou encore "Clarté". Il a également déclaré "trois hommes ont aidé ma pensée à se libérer d'elle même, le marquis de Sade, le comte de Lautréamont et André Breton". Durant sa conférence de 1936 "L'évidence poétique", donnée à Londres, Eluard définit le poète comme "celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré", il affirme également qu'il n'existe aucun portrait du marquis de Sade. 
De nombreux tableaux surréalistes sont  dédiés à Sade, particulièrement ceux abordant l'imaginaire érotique. Man Ray, lui, imagine, peint et dessine deux portraits de Sade dans le receuil Les Mains Libres. Sur le premier dessin nous voyons que Sade est formé de murailles ce qui rappelle la prison, on peut interpréter que cette représentation fait de lui un homme fait de pierre, et que par definition perdurera à travers le temps, en suite, en arrière plan apparaît la Bastille. Le second dessin est très similaire mais nous pouvons constater que la Bastille et en flammes, il y a donc une représentation de La prise de la Bastille de 1789.


Ci dessus, les portraits imaginaires de Sade par Man Ray, reproduits dans Les Mains Libres

 Nous pouvons penser que ce recueil est un moyen de rendre hommage au travail du marquis et à la liberté pour Eluard et Ray. Promu héros du surréalisme, Sade était le rebelle et le révolutionnaire, l'athée, l'apôtre de l'amour.


Sade, Guide des Surréalistes

Les surréalistes veulent revenir au brut, au sens premier des choses, aux pulsions, aux désirs de l'inconscient. Sade est celui qui revendique l'idée que nous sommes un esprit enfermé dans un corps rempli de pulsions. En projetant les fantasmes de l'Homme, il a influencé les surréaliste dans leur dénonciation des interdits. Pour André Breton, Sade était "infracassable noyau de nuit", un illuminé, un monstre, maitre du mal et révolutionnaire, qui renversa les ordres et les bonnes moeurs de l'époque. Ils réincarnent le désir, l'inscrivent au plus profond de la chair, jusqu'à outrance. La liberté que Breton, Soupault, Masson, Desnos, Picabia cherchent à conquérir à coup de cadavre exquis et d'écriture automatique, Sade l'a mise en pratique un siècle et demi avant eux, c'est ce pourquoi le marquis de Sade fut en quelque sorte un guide pour l'esprit libertin des surréalistes.
Le marquis de Sade pensait librement. C'est d'ailleurs cette liberté qui a inspiré et fasciné les surréalistes. Le marquis laissait ses pensées prendre le contrôle lorsqu'il écrivait, sans aucunes retenues. Les surréalistes, par l'écriture libre, font de même.  Ces derniers ont permis de changer la réputation sulfureuse et scandaleuse de Sade en véritable réflexion artistique. Selon eux, l'oeuvre de Sade ne vient pas d'une folie perverse et immorale mais bel et bien d'une pensée philosophique sur les abysses du mal.
Sade a donc influencé l'art Surréaliste, et par conséquent, les peintures, photos, oeuvres de l'époque, à travers de différentes représentations de la femme, soumise ou dominatrice, torturée ou enivrée, de la religion, des conventions.


Torse de Man Ray, photo de 1936, représente un buste féminin ligoté et donc soumis aux désirs sadiques.


Cette aquarelle de Toyen est une illustration pour Justine ou les Malheurs de la Vertu, écrit par Sade. Elle représente une femme effrayée par un pénis.



Ces Photos prises par Man Ray en 1930 représentent des mises en scènes fétichistes, dans les quelles la souffrance est maitre et le sadisme est omniprésent.


La Poupée de Hans Bellmer est une photo de 1935, représente la femme désirée, chimère et femme objet. 


La Femme Chancelante de Max Ernst est une huile sur toile, peinture de 1923 aussi représentative de la femme objet, mannequin, machine sexuelle. 



Hommage à D.A.F. de Sade par Man Ray en 1929. 

Les surréalistes cultivent une véritable fureur anticléricale, et leur admiration pour le blasphémateur marquis est en ce sens naturelle. Mais c'est sans doute Man Ray qui le plus loin la provocation à l'égard de la religion à travers cette photo des fesses de Kiki de Montparnasse, découpée minutieusement par l'artiste en forme de croix inversée. 
Sade a dit : "Mon plus grand chagrin est qu'il n'existe réellement pas de Dieu et de me voir privé, par là, du plaisir de l'insulter plus positivement. 



Surréaliste tardif né à Quebec, Jean Benoît fait un Hommage au Marquis de Sade dans cette peinture de 1959.



L'Exposition au Musée d'Orsay à Paris

Depuis quelques semaines et jusqu'au 25 janvier, le musée d'Orsay retrace la vie du marquis de Sade ainsi que son influence artistique au fil des siècles dans une exposition passionnante et remarquable. Ainsi, voilà quelques petits extraits de cette exposition qui fut fortement interessante et parfois même cocasse et drôle.


Entrée dans l'exposition.





Des Citations diverses de Sade et autres artistes.


Différents 'Gods' en fer.




Des Illustrations formant des animations sexuelles.


L'exposition regorge évidemment de plus amples informations et oeuvres diverses et variées. Nous vous présentons ici simplement une esquisse de ce délicieux voyage érotique.

Plus d'informations :  http://www.musee-orsay.fr/en/events/exhibitions/in-the-musee-dorsay/exhibitions-in-the-musee-dorsay/article/sade-41230.html?tx_ttnews%5BbackPid%5D=254&cHash=c82564fd3f

L'Art et le Désir Perverti

L'éloge de la perversion se transmet dans l'art depuis des siècles, Sade a engendré les différentes représentations de la décadence chez les sculpteurs, dessinateurs et peintres. Toutefois, avant même sa naissance, certaines illustrations et représentations étaient déjà perverties par le sadisme et la torture sexuelle. 


Antoine Lafréri dessina en 1567 une estampe appelée Sainte Agathe qui représente une femme soumise à la torture de deux hommes. 



Rodin ici dessine une femme soumise, nue et à genoux, symbole même du désir sadique de l'homme.




Ici, une sculpture d'Auguste Rodin, Minotaure, datant de la fin du XIXe siècle, représentant l'emprise du mal sur la femme. 

Comme nous l'avons déjà dit pour les surréaliste, la religion était détesté et contestée par Sade. L'image religieuse dans l'art a alors pris une allure dégantée, absurde et lubrique.


Jean-Jacques Lequeu - Et nous aussi nous serons mères, 1794

En réalité, cette totale érotisation du monde a depuis toujours été le fait des passionnés, des obsédés, des pervers... Sade a mis au grand jour les tabous de l'époque, fut tout d'abord bannit par sa société puis l'idole du XIXe, XXe et encore aujourd'hui du XXIe siècle. 






Portrait de H. Biberstei


Portrait imaginaire du marquis de Sade par H. Biberstei. Dans cette représentation, il est soumis aux quatre vents des suggestions diaboliques.